Le grand théâtre du plébiscite quinquennal nous propose cette année encore une distribution fort peu originale et d’une qualité surannée.
Formée à la même école, la horde de candidats à l’unique place sur le trône stratosphérique de la République n’ignore rien de la recette. Il s’agit d’utiliser les trois vecteurs du geste, du regard et de la parole pour convaincre le plus grand nombre que son cerveau abrite l’esprit d’un homme d’exception, tout en témoignant de la plus grande sollicitude à l’égard de l’homme du commun. Le discours politique quant à lui se borne à une simple vulgarisation d’idées circonscrites dans une sphère de thèmes limités.
L’exception Bayrou
Au regard de son parcours et du manque de relief de son programme, le candidat Bayrou ne doit aucunement être exclu de ce casting paléolithique. Nous devons cependant mettre à son crédit la volonté de vouloir remettre en cause l’organisation institutionnelle de notre démocratie. Si ses propos ne vont pas jusqu’à la remise en cause de la 5ème République, ils évoquent néanmoins les idées d’accroître les attributions des parlementaires et de mettre un terme au blanc-seing accordé au Président de la République.
Laissez-nous la place
A l’heure où un référendum ne sert qu’à dire oui ou à être oublié, où le rôle d’un député se limite à suivre la ligne de son parti sans lequel il ne serait pas élu, où les chefs d’Etat successifs s’accrochent aux apparats de leur palais lors même qu’ils sont désavoués par les urnes, où voter pour le candidat de son choix au premier tour conduit à ne pas avoir de choix au deuxième, où le scrutin présidentiel adoube en grandes pompes un professionnel de l’élection, à l’heure donc où notre démocratie ne nous représente plus, les propositions de Bayrou ne peuvent-elles être considérées comme la substantifique mœlle du paysage idéologique de la campagne électorale naissante ?
Alors de grâce, mesdames et messieurs les candidats, faites preuve d’humilité, devenez nos serviteurs et rendez-nous la meilleure place.
Matthieu
Le vendredi 1er décembre, Nicolas Sarkozy en déplacement chez Roselyne Bachelot à Angers a exposé dans un long discours sa conception de l’éducation et de l’école.
Une méthode bien rodée
Après avoir chauffé la salle avec des bonnes vieilles phrases de meeting qui confortent les militants dans leurs certitudes (« quand on a travaillé toute sa vie et payé des impôts, quand on a préféré économiser plutôt que dépenser, on a bien le droit de laisser sa maison et ses économies à ses enfants en franchise d’impôt » ou bien « Je vous propose la rupture avec l’assistanat qu’on subventionne sur le dos de ceux qui travaillent. Je vous propose la rupture avec l’irresponsabilité qu’on finance sur le dos des générations futures »), Nicolas Sarkozy a abordé l’épineux dossier de l’éducation.
Baudelaire contre Joey Starr
La première salve est claire : le candidat de l’UMP se pose en défenseur des professeurs et enseignants « qui souffrent » (faut-il y voir une réaction à la sortie de Ségolène Royal sur les profs ?); puis il s’attaque à la pensée unique et aux hypocrisies de toutes sortes : le baccalauréat dévalorisé, les grandes écoles fermées aux enfants d’ouvriers, les ZEP qui accueillent les enseignants les moins expérimentés, la carte scolaire contournée… et enfin, c’est le bouquet, les écoles où « les Fleurs du Mal sont remplacées par du rap et la rédaction par le QCM ».
Sarkozy dénonce surtout l’ennemi invisible, le « on » de la technostructure enseignante sans jamais clairement les nommer. Tout au plus glisse-t-il, au détour de quelques phrases « les instructions de l’Education nationale, les consignes reçues dans les IUFM » et «une école où la promotion des maîtres se fait au mérite, pas en fonction d’une inscription syndicale ».
Les valeurs républicaines : quand l’élève dépasse le maître
Pour Nicolas Sarkozy, l’école est un lieu où le maître transmet son savoir à l’élève qui, un jour, pourra le dépasser. « Tous nous avons croisé dans notre enfance un maître qui nous a marqué, un maître auquel on doit quelque chose de notre vie et de notre histoire » rappelle le candidat UMP, pour mieux mettre en face des statistiques plus que moyennes de notre système éducatif dues, selon lui, au fait que « pour acheter la paix sociale […] on a réduit les exigences pour donner une impression de réussite à tous ».
Où est donc passée cette école de l’égalité des chances et de l’exigence ? Sarkozy fait constamment appel à notre imaginaire collectif, et nostalgique, de cette école égalitaire, républicaine et laïque symbolisée par les hussards noirs de la République.
Sarkozy, un maître des discours
Au moment où l’on se dit que, décidément, il en fait un peu trop dans le symbolique franchouillard et daté, Nicolas Sarkozy nous prend à contre-pied. Lisez un peu : « à ces idéologues nous ne ferons plus le cadeau d’une vision uniquement comptable de l’Education ; ni celui d’une conception purement utilitariste de l’enseignement. Nous ne leur ferons pas enfin le cadeau d’une vision nostalgique de l’école. L’école de la troisième République a vécu. Elle était belle. Elle était grande. Elle était noble. La France lui doit beaucoup. Mais elle est d’une époque qui n’existe plus ».
En résumé, la moitié du discours a tourné autour d’une école mythifiée qui n’existe plus et c’est dans cet état d’esprit, psychologiquement conditionnés, que nous allons maintenant écouter ses propositions car le candidat Sarkozy a une « vision ambitieuse de l’école », une école « sans portable, sans tabac, sans casquette et sans jean à taille basse qui laisse voir trop de choses »… Ca promet !
François
Filed under: 2. Par candidat, François Bayrou, Jean-Marie Le Pen, Logement, Ségolène Royal
Pour les moins de 45 ans, le poste “logement” représente plus de 30% du budget total. Sans rentrer dans les détails de la crise du logement, profonde et complexe, on peut toutefois s’étonner à partir de ce simple constat de l’indigence des programmes présidentiels sur la question. Rapide tour d’horizon…
- PS : le projet aborde de façon concrète le sujet (ce qui est en soi un mérite, notamment lorsqu’on constate que le bout de synthèse consacré au sujet sur le site de Ségolène Royal compile des opinions, sans aboutir à une quelconque prise de position claire). Premier problème : quelle faisabilité lorsque l’on évoque, pêle-mêle, la construction de 120 000 logements par an, l’éradication de l’habitat indigne et la mise en place d’un “bouclier fiscal” (traitant les symptômes plutôt que l’origine des difficultés) ? Autre élément : le PS succombe comme la plupart des autres partis à la tentation d’ajouter une couche au millefeuilles administrativo-réglementaire (ex. fiscalité immobilière : après le Robien standard, nous avons eu le Robien social puis le Robien recentré… et nous finirons sans Robien du tout !). Ajouter plutôt que simplifier et se donner les moyens de faire fonctionner un dispositif existant, c’est aussi créer un peu plus de complexité et un peu moins de lisibilité…
- UMP : le sujet n’est traité qu’à la marge, avec toutefois quelques pincées de bon sens (notamment lorsqu’est évoquée la nécessité de profiter du dynamisme de la promotion privée pour faire progresser le logement social), mais malheureusement beaucoup de partis-pris idéologiques. Exemple : en quoi l’accession à la propriété constitue-t-elle un idéal absolu et la garantie d’un “vrai projet populaire” (on peut évoquer les difficultés de très nombreux Français vivant en copropriété) ? Notons au passage que cette antienne ne participe pas vraiment de la “rupture tranquille” prônée par Nicolas Sarkozy, puisque ces mesures viennent de rentrer en application sous le gouvernement Villepin…
- UDF : il s’agit sans doute du diagnostic le plus juste sur la question, du fait de l’entrecroisement des regards (immobilier, social, urbanistique). On est souvent d’accord, mais le constat ne débouche sur absolument rien de concret : comment François Bayrou souhaite-t-il s’y prendre ?
- anti-libéraux : il est difficile de se faire une idée de leur position sur la question, tant ils ne sont capables de se rassembler que pour reconnaître leur division ! Pour autant, pour prendre cet exemple, sur les 125 propositions présentées sur le blog de Clémentine Autain, une seule porte sur le logement, la 47, qui se rapproche des idées socialistes en plus simpliste (en gros, le logement se résume au seul secteur locatif). Un bon point quand même : le souci de chiffrer les propositions (proposition 122 : les sénateurs n’ont qu’à bien se tenir…)
- FN : là, c’est le vide intersidéral et “intersidérant”, servi par l’imprécateur Jean-Marie Le Pen. Pas un mot, rien de constructif, mais de l’extrême en barres…
Conclusion : alors que le logement caracole en tête de nos préoccupations à tous, les actuels prétendants au fauteuil de Président ont pour l’instant fait l’impasse sur la question, excellant parfois dans le diagnostic, échouant quasi-systématiquement au moment de proposer du concret.
David
Le sapin de Noël de l’UMP
Lors du Conseil national de l’UMP jeudi 23 novembre, l’UMP a fixé les règles de son sapin de Noël.
Les candidatures en vue de l’élection présidentielle pourront être déposées du 23 novembre au 31 décembre et le congrès au cours duquel les adhérents choisiront le candidat soutenu par le parti est prévu au 14 janvier 2007…
Mme Alliot-Marie a proposé que le congrès soit reporté au 30 janvier, pour donner plus de temps à “un vrai débat”. Cette proposition n’a pas été retenue. Pire, Michèle Alliot-Marie s’est fait siffler pour avoir pris ses distances avec certaines positions du président de l’UMP.
Jouons au jeu de la démocratie !
Avec un peu de retard à l’allumage, l’UMP a choisi une tactique plus soft que le PS, en retardant les débats de fonds en interne. Dupont-Aignan, Borloo, Alliot-Marie… même l’UMP aura sa primaire… une pale copie de la dynamique interne du PS. Même si la primaire socialiste a brassé beaucoup de vent, elle a démontré que le PS avait des orateurs de qualité et des hommes et femmes d’Etat audibles.
Ce qui n’est pas le cas à l’UMP.
En dehors de Sarkozy, qui peut etre audible ?
Michèle Alliot-Marie qui, a ces derniers mois laissé planer le doute sur une éventuelle candidature, s’est déclarée “pour l’unité“. Les jeux ne sont pas faits à l’UMP avant l’investiture présidentielle de la mi-janvier et “une candidature de Michèle Alliot-Marie serait une bonne idée“, a déclaré Pascal Clément, le Ministre de la Justice.
La Ministre de la Défense affirme que personne ne la fera taire…
Mais, peut-elle vraiment lutter contre Sarkozy ? Solère, responsable de la stratégie Internet de l’UMP se sert de Loic Lemeur pour créer du buzz autour de Sarkozy, et non pas autour de l’UMP. Alliot-Marie, croit-elle vraiment en ses chances ?
Nicolas Sarkozy a encore ironisé cette semaine sur sa candidature pour la présidentielle, admettant que ce serait “très bien pour la démocratie interne” au sein du parti. Mme Alliot-Marie “est une personne de très grande qualité. Je la respecte suffisamment pour ne lui donner aucun conseil”…
Autant en emporte le vent
Michèle Alliot-Marie, a marqué sa différence avec Nicolas Sarkozy sur la discrimination positive, les institutions et les jeunes. Mais que est son programme présidentiel ? Pour l’instant, pas grand chose.
En créant il y a quelques semaines son association « LE CHÊNE », elle essaye de rassembler une base de parlementaires capable de relayer ses idees. Son association « puise sa force de cette terre de France qui nous fait grandir. » Son objectif est de débattre avec les Français, rechercher des réponses concrètes aux difficultés (etc…bla-bla..)…
Morceaux choisis
– Autour d’un chêne, on s’est toujours rencontré, on se rencontre ou l’on se rencontrera. C’est pour cela qu’aujourd’hui, ce Chêne nous abrite, nous rassemble et élargit ses branches pour rassembler toutes celles et tous ceux qui veulent positivement participer au devenir de la France.
- Une France qui sait faire respecter sa souveraineté, entendre sa voix sur la scène internationale et qui agit pour la paix.
- Une France ambitieuse qui valorise ses réussites, ses atouts et ses talents, et se projette à 10, 20 ou 30 ans.
- Une France de confiance qui rassemble, qui unit et qui assure le « vivre ensemble » sur son territoire.
- Pour avancer, il faut oser poser lucidement et sereinement tous les véritables débats.
Que peut-on en penser ? Difficile de lire entre lignes… On sent l’empreinte de Jacques Chirac, un discours gaulliste, rassembleur, bien en rang derrière la bannière de la République… Pas de concret, rien d’intéressant au demeurant..
Pour les étrennes
La démocratie d’un parti ne s’ordonne pas, elle se construit. Nicolas Sarkozy s’est en premier lieu auto-proclamé candidat unique. Mais en invitant ses camardes à décorer le sapin de Noël avec lui un peu tardivement, il s’attire les grondements de ses ténors. La base du parti le privera-t-elle de cadeau de Noël ?
Alliot-Marie devrait réserver sa candidature pour début janvier. Les repas de fin d’année seront sûrement studieux, pour mettre sur le papier (cadeau) son projet et sa vision pour la France. A moins que d’ici-là, le Père Sarko lui offre un cadeau suffisamment gros pour renoncer à candidater ??